Signé à Rome le 25 novembre 1999, l’accord fondateur du Pelagos Sanctuary for Mediterranean Marine Mammals — initialement baptisé International Ligurian Sea Cetacean Sanctuary — reste à ce jour une initiative sans équivalent au monde. Trois États riverains, la France, l’Italie et Monaco, ont décidé de élaborer ensemble la première et unique aire marine protégée internationale en haute mer couvrant des zones méditerranéennes. Le résultat — un espace qui abrite 8 espèces de cétacés régulièrement présentes, des milliers de dauphins, des rorquals communs et des cachalots. Voilà ce que cache vraiment ce nom technique derrière lequel se joue une histoire de conservation marine ambitieuse.
Le sanctuaire Pelagos : une aire marine protégée internationale pas comme les autres
Ratifié par l’Italie via la loi n° 391 de 2001 et entré en vigueur en 2002, le sanctuaire Pelagos repose sur un accord trilatéral entre la France (Côte d’Azur, Corse), l’Italie (Ligurie, Toscane, Sardaigne du Nord) et la Principauté de Monaco. Son inscription sur la liste SPAMI — Specially Protected Areas of Mediterranean Importance — dans le cadre de la Convention de Barcelone de 1999 lui garantit une reconnaissance par l’ensemble des pays méditerranéens. Ce statut unique en fait bien plus qu’une simple zone de protection nationale.
L’Italie avait pourtant déjà reconnu la zone dès 1991 comme zone marine protégée d’importance internationale. La démarche trilatérale de 1999 a formalisé et élargi cet engagement. Résultat : 124 communes françaises, 87 communes italiennes et Monaco sont directement impliquées dans la gestion de ce territoire maritime.
Sa forme triangulaire est délimitée avec précision entre Toulon (Côte d’Azur) au nord-ouest, Capo Falcone (Sardaigne occidentale) au sud, Capo Ferro (Sardaigne orientale) au sud-est et Fosso Chiarone (Toscane) à l’est. La superficie varie selon les sources entre 84 000 et 100 000 km², avec une estimation centrale autour de 87 500 km² selon l’Estérel Côte d’Azur. Plus de 2 000 km de côtes sont ainsi couverts, de la Ligurie à la Côte d’Azur, en passant par la Toscane et la Corse.
Quelles espèces marines peuplent le sanctuaire Pelagos ?
21 des presque 80 espèces de cétacés répertoriées dans le monde vivent en Méditerranée. Dans les eaux du sanctuaire, 8 d’entre elles sont présentes régulièrement tout au long de l’année. Ces mammifères marins partagent des caractéristiques fondamentales : naissance de petits vivants, allaitement, thermorégulation interne et respiration aérienne obligatoire.
Le rorqual commun et le cachalot, stars du bassin ligurien
Le rorqual commun (Balaenoptera physalus) mesure 22 mètres de long — deuxième plus grand animal de la planète — peut vivre jusqu’à 80 ans et produit un jet de vapeur vertical atteignant 7 mètres. Environ 2 000 individus fréquentent le bassin ligurien-occitan, faisant de cette zone le principal terrain d’alimentation de l’espèce en Méditerranée. Des naissances sont même observées au large de la Provence.
Le cachalot (Physeter macrocephalus) impressionne différemment. Jusqu’à 18 mètres pour 40 tonnes, capable de plonger à plus de 2 000 mètres pendant plus d’une heure, il se démarque grâce à son jet de vapeur oblique — contrairement au jet vertical des autres baleines. Ces deux espèces constituent les observations les plus emblématiques pour quiconque navigue dans le sanctuaire.
Dauphins et autres résidents remarquables
Entre 20 000 et 45 000 grands dauphins bleu-blanc ont été recensés selon l’Estérel Côte d’Azur, auxquels s’ajoutent entre 30 000 et 40 000 dauphins toutes espèces confondues. Le dauphin rayé (Stenella coeruleoalba) peut sauter jusqu’à 7 mètres. Le dauphin commun à bec court (Delphinus delphis), le dauphin de Risso, la baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) et le globicéphale complètent ce tableau faunistique unique.
- La tortue caouanne, espèce en danger, fréquente également ces eaux.
- Le poisson-lune (Mola mola), plus grand poisson osseux du monde, peut atteindre 4 mètres de hauteur, 3 mètres de longueur et 2 tonnes.
- Au total, le sanctuaire abrite au moins 8 500 espèces animales.
Pourquoi autant de cétacés dans la mer Ligurienne ?
Tout repose sur une dynamique océanographique rare. Un système de courants favorables assure le mélange des eaux et la remontée des éléments nutritifs depuis les fonds marins. Les vents hivernaux accentuent ce phénomène en distribuant ces nutriments sur toute la colonne d’eau. Les eaux du bassin ligurien rivalisent alors avec les eaux atlantiques en termes de richesse nutritive — un constat documenté dans l’étude de Notarbartolo di Sciara, Agardy, Hyrenbach, Scovazzi et Van Klaveren publiée en 2008 dans Aquatic Conservation : Marine and Freshwater Ecosystems.
Ces conditions favorisent le développement du plancton et du krill, base alimentaire des rorquals communs qui viennent s’alimenter avant l’hiver. Les cétacés occupent le sommet de la pyramide alimentaire dans cet habitat et n’ont que peu d’ennemis naturels. C’est précisément ce qui rend leurs populations si vulnérables face aux activités humaines.
La biodiversité du sanctuaire — avec ses 8 500 espèces animales répertoriées — illustre l’intérêt scientifique, culturel et éducatif reconnu de cette zone. Elle fait du Pelagos un exemple rare de coexistence entre conservation de la biodiversité et tourisme durable, notamment autour des Cinque Terre et de la Côte d’Azur.
Quelles menaces pèsent sur les cétacés du sanctuaire Pelagos ?
Les chiffres sont brutaux. Dans le monde, environ 300 000 cétacés meurent chaque année piégés dans des filets de pêche, soit 1 000 par jour. En Méditerranée, 8 000 cétacés meurent annuellement à cause des engins de pêche. La Commission européenne a interdit les filets dérivants dès 2002, puis dans toute la Méditerranée en 2005. Malgré cela, la Garde côtière italienne a saisi 800 km de filets dérivants en 2005 et 600 km en 2006. Une interdiction sur le papier ne suffit manifestement pas.
- Les collisions avec les bateaux causent entre 16 % et 19,9 % des mortalités de cétacés, plus fréquentes en été.
- La pollution sonore perturbe le biosonar des cétacés dans des eaux où la Méditerranée concentre 30 % du trafic maritime mondial.
- La pollution chimique (mercure, PCB, DDT) et la densité de goudron pélagique — 38 mg/m² en moyenne, la plus élevée du monde — empoisonnent progressivement ces populations.
Face à ces menaces, plusieurs programmes de recherche structurent la réponse scientifique. Le programme IMPACT-CET, dirigé par le Dr Léa David et le Dr Nathalie Di-Méglio, cartographie les zones à risque pour chaque espèce en évaluant l’impact du trafic maritime et de la pollution sonore sur les populations de cétacés de la Côte d’Azur. Le programme européen Macro-Waste (Medsealitter), financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Interreg Med, développe des protocoles spécifiques à la Méditerranée contre l’impact des déchets marins sur la biodiversité des aires protégées. EcoOcean Institut, membre du Comité scientifique du Sanctuaire Pelagos et membre fondateur du GIS3M, pilote le volet transfert de ce programme.
La photo-identification constitue l’un des outils les plus précieux pour suivre les populations. La Swiss Cetacean Society (SCS), active depuis 1997, conduit des expéditions scientifiques dans le sanctuaire depuis le port de Saint-Mandrier près de Toulon, en utilisant des voiliers hauturiers de 12 à 16 mètres. Ses données sont compatibles avec le programme international Euroflukes et alimentent directement les travaux de l’ACCOBAMS. Observer un rorqual commun ou un Risso’s dolphin à moins de 100 mètres d’un voilier, c’est aussi contribuer à la recherche — à condition de respecter le protocole d’approche et de ne pas dépasser 15 minutes de contact.

Romane est une rédactrice santé dont la passion pour la médecine alternative et la médecine traditionnelle est née d’une expérience personnelle. Elle explore les options de traitement naturels, ce qui l’a conduite à découvrir les bienfaits de diverses pratiques médicales. Elle a étudié la médecine alternative avant de se lancer dans l’écriture. Aujourd’hui, elle rédige sur une variété de sujets de santé, pour aider les personnes vers une santé optimale.